La formule vient de Madagascar (l’Afrique déjà...), mais sa sagesse, sa vision d’avenir, sont universelles et illustrent à merveille le sentiment d’un disque, d’un premier disque, que l’on attendait avec impatience, mais confiance, depuis fort longtemps. Treize plages, bercées par l’océan, enregistrées à Dakar comme le symbole d’un partage, d’une irrésistible fusion mélodique, harmonique, rythmique bien sûr, mais surtout humaine avec le Sénégal, cette terre où l’art en général, la musique en particulier, est toujours perçu comme une fête, une liberté, jamais une marginalité. Ce disque, intitulé tel un retour aux sources « sunu gaal », littéralement « notre pirogue » - celle dans laquelle il embarque notamment Baboulaye Sissoko, génie de la Kora -, c’est l’histoire d’une passion pour une seconde patrie. Une passion qui a pris corps et qui coule, tel le fleuve Sénégal bordant la majestueuse République, dans les veines du cœur noir d’un « Toubab » (un Blanc) né artistiquement au siècle dernier...
Dans la sphère du blues, du rock et de leurs nombreux dérivés, on savait en effet dès la fin des années 80 que Christian Léchenet, du fond de sa Bourgogne d’adoption et de l’atelier du magasin Fallone Music à Dijon, comptait parmi les meilleurs guitaristes de l’Hexagone.
Un compliment qui le ferait sans doute rougir, tant son humilité et une joie de jouer, toujours sincère, n’ont jamais rien cédé aux sirènes du show-business parisien, qu’il fréquenta comme démonstrateur de guitares pour le prestigieux luthier James Trussart ou encore le temps d’une apparition en sidemen dans la célèbre émission télé Taratata.
Aujourd’hui surnommé Mansour suite à son mariage avec une jolie demoiselle du pays berceau du M’Balax, ce musicien au teint et aux cheveux clairs, virtuose aux chorus scéniques débordant de feeling, mais aussi étonnant chanteur de tête (donc de caractère !), a choisi de retrouver les racines et l’épure de la musique africaine. Et développe ses propres compositions, d’essence acoustique pour la plupart (l’orchestre guitares/kora/calebasse/chants/harmonica s’est dispensé de basse et de batterie), sur des textes qu’il caresse en français et/ou en wolof, un dialecte sénégalais.
En substance, voici, forcément métisse, généreuse et apaisée, une musique « sénégauloise »...
à des milliers de lunes de toute relation « France-à fric-haine » !
Jérémie Penquer |